Le président de l’ONG ‘’Agir pour la Propreté des Villes de Côte d’Ivoire (APV-CI)’’, M.Soumahoro Youssouf, Expert en environnement et ancien agent du Service de protection de l’environnement de la mairie de Paris, a animé une conférence de presse le jeudi 18 juin 2026 autour du thème : « Problématique de la salubrité : analyse et solutions ».

Cette rencontre s’est tenue à l’espace Mona Lisa, à la Riviera 9 kilos, en présence de quelques acteurs du secteur de l’environnement, parmi lesquels M. Dogo Claude, environnementaliste et expert en gestion des déchets, Responsable de la lutte contre les changements climatiques au District autonome d’Abidjan, représentant M. Dosso Mamadou, directeur de l’environnement de ladite structure étatique.
Acteur engagé dans le domaine de la salubrité depuis 2008, M. Soumahoro Youssouf a consacré une large partie de son intervention à la situation préoccupante observée ces dernières semaines dans plusieurs communes du pays, marquée par une accumulation inhabituelle des ordures ménagères.
Tout en reconnaissant les difficultés constatées sur le terrain par les sociétés ECOTI SA et ECO ÉBURNIE, chargées de la collecte des déchets ménagers, le conférencier a tenu à saluer le travail accompli par ces deux entreprises depuis leur prise de fonction. Selon lui, les résultats obtenus à leurs débuts étaient satisfaisants et les difficultés actuelles seraient davantage liées à des contraintes ponctuelles qu’à une incapacité structurelle à assurer leur mission. Il a aussi remercié l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANAGED) pour le fabuleux travail qu’elle accomplit dans la gestion des déchets sur le plan national et avec laquelle il a entretenu une collaboration très productive au travers de la mairie de Séguéla.
Le président de l’APV-CI a rappelé que la salubrité constitue partout dans le monde une priorité de premier ordre en matière de santé publique et de développement durable. À cet effet, il a invité les autorités ivoiriennes à envisager l’ouverture du secteur à de nouveaux opérateurs afin de favoriser une saine concurrence susceptible d’améliorer l’efficacité des services de collecte des déchets.
Selon lui, le modèle actuel reposant essentiellement sur deux opérateurs montre aujourd’hui certaines limites, contrairement à un système plus ouvert où plusieurs entreprises interviennent simultanément dans la gestion des déchets ménagers.
Abordant la question de la production des déchets, M. Soumahoro Youssouf a indiqué qu’un habitant produit en moyenne 0,64 kilogramme d’ordures ménagères par jour. Face à cette réalité, il a plaidé pour la mise en place d’un véritable système national de tri sélectif. Une telle réforme permettrait non seulement de réduire considérablement les volumes de déchets acheminés vers les décharges, mais également de favoriser la valorisation et le recyclage de nombreuses matières encore exploitables.
Le conférencier a également soulevé la question de la « précollecte », un concept qu’il estime spécifique à la Côte d’Ivoire. Selon lui, dans la plupart des pays développés ou émergents, il est plutôt question de collecte directe des déchets, lesquels sont ensuite transportés vers des centres de groupage ou de traitement avant leur élimination ou leur valorisation.
Intervenant à la suite du président de l’APV-CI, le représentant du directeur de l’environnement du District autonome d’Abidjan a apporté des éclairages sur les raisons qui expliqueraient la réticence de l’État à collaborer davantage avec les petits groupements intervenant dans la collecte des déchets.
M. Dogo Claude a notamment évoqué un manque d’organisation et de professionnalisme au sein de plusieurs de ces structures. Selon lui, certaines ne disposent pas d’une existence légale clairement établie, tandis que d’autres ne possèdent même pas de comptes bancaires. Il a également souligné les difficultés rencontrées par les pouvoirs publics dans leurs relations avec ces organisations qui, pour la plupart, refusent de se constituer en groupements structurés. Il a par ailleurs déploré le fait que certains responsables, après avoir bénéficié de subventions publiques, s’affranchissent des règles de gestion et de gouvernance pourtant établies, alors même qu’ils n’ont souvent reçu aucune formation adéquate en matière de management ou de gestion des déchets.
Répondant à la question d’un journaliste sur les modèles de réussite en Afrique, M. Soumahoro Youssouf a cité le Ghana et le Rwanda comme des références en matière de gestion et de traitement des déchets ménagers. Selon lui, ces pays ont su mettre en place des politiques efficaces qui contribuent à maintenir leurs villes dans un état de propreté remarquable. Il a ainsi exhorté les autorités ivoiriennes à s’inspirer de ces expériences réussies afin d’améliorer durablement le cadre de vie des populations et de renforcer l’attractivité des villes ivoiriennes.
À travers cette conférence de presse, l’ONG APV-CI entend contribuer au débat national sur la salubrité urbaine et sensibiliser les pouvoirs publics, les opérateurs du secteur ainsi que les citoyens à la nécessité d’une gestion plus performante, plus moderne et plus durable des déchets en Côte d’Ivoire.
Fofana Zoumana