Isolés, mal informés et sans encadrement technique, les cacaoculteurs de Bantegoin et Yebegoin, dans la région montagneuse du Tonkpi, lancent un cri d’alerte. Une mission conjointe de journalistes et d’ONG a révélé les difficultés criantes auxquelles ils font face pour une production durable du cacao.
Man, Côte d’Ivoire – Dans le cadre du projet « Renforcement de la société civile pour la durabilité et la bonne gouvernance de la filière cacao en Côte d’Ivoire », une mission de terrain a été organisée par l’ONG SOLIDARIDAD et l’ONG IDEF dans la région du Tonkpi. Cette visite a conduit une équipe de journalistes de l’Observatoire des Médias Africain pour le Cacao Durable, accompagnés de représentants des ONG Solidaridad et IDEF, dans les villages de Bantegoin et Yebegoin, situés dans les zones montagneuses aux abords de la ville de Man.

Une exploration des réalités de terrain
L’expédition a débuté dans le village de Bantegoin avant de se poursuivre à Yebegoin. Après les salutations d’usage avec les autorités villageoises, les membres de la délégation ont arpenté les flancs escarpés des montagnes pour atteindre les différentes plantations de cacao. Au total, trois exploitations ont été visitées, situées respectivement à environ 300 mètres, 700 mètres et 1 kilomètre du centre du village.
Ces visites ont permis de dresser un état des lieux préoccupant de la situation des producteurs dans ces localités enclavées.
Des producteurs livrés à eux-mêmes
Les plantations sont fortement affectées par une maladie qui semblerai être la maladie du swollen shoot, une virose du cacaoyer qui entraîne un dépérissement progressif des arbres et une baisse significative des rendements. Cette situation préoccupante n’est malheureusement pas encadrée par un suivi technique ou des interventions phytosanitaires organisées.
Les planteurs sont confrontés à un déficit criant d’information et de sensibilisation des producteurs sur les normes et textes encadrant la filière, en particulier la norme ARS 1000, qui définit les exigences pour une production durable de cacao en Afrique de l’Ouest. Les planteurs rencontrés ont souligné leur isolement institutionnel, affirmant n’avoir aucun contact direct avec les structures étatiques ou les organes de régulation du secteur.

Les producteurs rencontrés ont affirmé ne pas être affilié à une coopérative agricole, ce qui limite leur accès aux intrants, aux formations techniques et aux marchés certifiés. Cette absence de structuration les prive également de mécanismes de traçabilité, un critère désormais fondamental dans le commerce international du cacao durable.
Kouadio Théa planteur Glôgoin témoigne « quand la sécheresse arrive le champ commence à mourir, les feuilles tombent des branches, les coopératives ne nous aident pas, nous achetons nous-mêmes nos produits qui ne sont pas toujours efficace. Nous sommes livrés à nous-mêmes, chacun se débrouille comme il peut pour traiter son champ, nous n’avons aucun encadrement ». « Ici nous n’avons aucune information sur le fait qu’il y’a une interdiction de coupé les arbres après 2020 pour nos champs, dans mon village on ne coupe pas d’arbres, c’est les anciens champs que renouvelons et notre rendement est faible, que le gouvernement vienne à notre aide » a t » a-t-il ajouté
C’est tout découragé que Ouattara Raoul planteur à Yebegoin et Bantégoin parle « Franchement dit ça nous fatigue, on ne sait si c’est le soleil ou la terre mais nos plantes de cacao meurt à chaque fois, nous on ne comprend pas, quand on plante ça meurt, cela maintenant 6 ans je n’arrive pas à cueillir une tonne, nous demandons de l’aide au conseil café-cacao pour les produits d’entretiens de nos champs»
Gondo Patrice président des jeunes du village de Yebegoin « notre problème ici est la maladie de cacao, quand les cabosses sortent elles pourrissent, les produits que nous utilisons, soit tu gagnes soit tu perds. Quant aux coupeurs de bois, quand ils viennent couper les bois, ils disent c’est leur périmètre, nos champs sont détruit, quand on demande on nous dit d’aller voir l’Etat ».
Des défis logistiques et structurels
En raison du relief accidenté, l’acheminement du cacao après la période de séchage représente un véritable casse-tête logistique. Les producteurs, contraints d’utiliser des moyens rudimentaires, peinent à transporter leurs fèves jusqu’aux zones de collecte. Par ailleurs, le manque d’encadrement agricole empêche une adoption généralisée des bonnes pratiques culturales, pourtant essentielles pour accroître les rendements et préserver la fertilité des sols.

Il convient néanmoins de souligner que les plantations observées sont relativement jeunes, âgées de 7 à 9 ans en moyenne, ce qui représente un potentiel de renouvellement à condition d’un appui technique adéquat.
Un appel à l’action des autorités
Face à cette situation alarmante, les producteurs lancent un appel pressant à l’État ivoirien et à ses partenaires pour bénéficier d’un appui institutionnel, technique et logistique. Le renforcement des capacités locales, l’organisation des producteurs en coopératives, la vulgarisation des textes régissant la filière, ainsi que la lutte contre les maladies du cacao figurent parmi les priorités identifiées.
Cette mission de l’OMACD met en lumière l’urgence de renforcer la gouvernance locale de la filière cacao, afin de garantir une production durable, équitable et compétitive, conforme aux exigences du marché international et respectueux des droits des communautés productrices.
FK

























