Que retirer de la rencontre cruciale lundi à Washington entre le président américain Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, avec l’appui de sept dirigeants européens représentant les nations comme la France et la Grande-Bretagne, ainsi que l’Union européenne et l’OTAN ?  

L’objectif de mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine reste éloigné. Mais ce retour de Volodymyr Zelensky après la scène humiliante du mois de février à la Maison blanche s’est mieux déroulé. Il permet des avancées.

La séquence diplomatique de ce lundi intervient après le sommet Trump-Poutine en Alaska qui n’a pas réussi à établir un cessez-le-feu. Cela semblait pourtant son objectif dans le chef du président américain.

Malgré cela, l’ambiance lundi à Washington se voulait optimiste. Un Donald Trump plus affable et des Européens très diplomates qui ont fait bloc pour essayer de faire avancer les choses. C’est du moins ce qui ressort des performances médiatiques des participants, avant et après les entretiens eux-mêmes. Mais sur ces échanges, il est plus difficile d’obtenir des précisions car aucun communiqué n’a suivi les rencontres.

Le résultat reste cependant peu concret. Il n’y a toujours pas de cessez-le-feu en vue. Mais voici les 5 points sur lesquels on pourrait espérer des avancées.

Des garanties de sécurité données par l’Europe et les Etats-Unis

Pour aboutir à la paix en Ukraine, des garanties pour assurer sa sécurité à l’avenir seront nécessaires en échange des concessions territoriales. C’est le point fondamental, pour l’Ukraine surtout. Il s’agit de garanties militaires, fournies par les Etats-Unis et les Européens, et que la Russie serait prête à accepter, selon Donald Trump. Vladimir Poutine le lui aurait dit en Alaska et il lui a téléphoné pendant la réunion.

Le locataire de la Maison blanche n’a pas donné de précision sur l’apport américain. Dans son esprit, ce seront les Européens qui seront en première ligne, avec « une bonne protection » américaine.

Volodymyr Zelensky apporte un détail concret : ces garanties vont de pair avec un contrat d’armement américain à hauteur de 90 milliards de dollars. Il porte sur des équipements qui manquent à l’Ukraine comme des systèmes antimissiles. Le Financial Times évoque un budget de 100 milliards financés par les Européens. Le président ukrainien précise aussi que ces garanties seront élaborées dans les 10 prochains jours.

Reste à déterminer qui fera quoi. On imagine d’une part une présence militaire européenne au sol, et de l’autre un rôle dans les airs, en mer, par les satellites, par la logistique et du renseignement pour les Américains. Il y aurait peut-être même un jour des troupes américaines sur le terrain. Le président Trump ne l’a pas exclu en répondant aux questions de la presse. C’est une première.

Une rencontre à 2, 3 ou 4 avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky ?

Donald Trump se fait fort d’arranger une rencontre entre les deux présidents en guerre, Poutine et Zelenksy. Mais ce sera difficile de faire asseoir à une même table ces deux ennemis jurés, car le premier l’a toujours refusé. Et puis plusieurs inconnues demeurent.

Un tête-à-tête serait sans doute vite transformé en tripartite, avec la présence de Donald Trump. Et si on écoute le président français Emmanuel Macron, cela pourrait se faire en quadripartite, car les Européens veulent aussi être à table. Il faudra éclaircir ce point important, la question des formats n’est pas que du protocole.

Le lieu reste à déterminer. Emmanuel Macron plaide pour Genève, ville suisse, dans un pays neutre et européen. Pour la précédente rencontre Poutine-Trump, la Suisse avait aussi été évoquée, avec le Vatican et Budapest. D’autres pourparlers ont eu lieu en Turquie.

Cette dernière piste rejoint aussi la réaction du Kremlin qui, bien loin d’entériner la piste d’un face-à-face entre les présidents ukrainien et russe, évoque l’intérêt de la possibilité d’élever le niveau des délégations russes et ukrainiennes qui ont négocié… à Istanbul.

Pour l’instant, la Suisse a indiqué qu’elle offrira l’immunité diplomatique à Vladimir Poutine, malgré son inculpation devant la Cour pénale internationale, à condition qu’il vienne « pour une conférence de paix« .

Mais Vladimir Poutine refusera sans doute de s’asseoir face à Volodymyr Zelensky si ce n’est pour signer une capitulation complète. Les conditions émises par Moscou se multiplient déjà, avec le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov qui réclame aussi des garanties de sécurité pour la Russie et le plein respect les droits des Russes et des russophones qui vivent en Ukraine. Une façon de mettre toujours la barre un peu plus haut.

Et le fait que la question des territoires n’a pas été évoquée lundi a peut-être permis quelques avancées mais elle risque de revenir inévitablement bloquer toute négociation ultérieure.

Pas de cessez-le-feu, même s’il reste réclamé par les Européens

Le cessez-le-feu comme prélude à des négociations et à un accord de paix : le schéma semble logique et acquis. Mais pas pour Donald Trump qui se fait fort de conclure d’abord des accords de paix avant de faire taire les armes. Le président américain cite même des exemples comme le Congo et le Rwanda ou le Pakistan et l’Inde, sans convaincre. Le refus d’un cessez-le-feu, c’est évidemment la vision russe, inspirée par Vladimir Poutine, ou imposée par lui en Alaska.

Donald Trump y adhère. Mais les Européens réclament un cessez-le-feu comme un prérequis à des négociations de paix.

Un cessez-le-feu est aussi plus rapide à conclure qu’un complexe traité de paix qui demande des mois de discussions.

Le chancelier allemand Friedrich Merz s’est montré particulièrement combatif sur ce point. « Je ne peux pas imaginer que la prochaine réunion ait lieu sans un cessez-le-feu. Alors, travaillons là-dessus et essayons de faire pression sur la Russie.« 

Le président Zelensky, qui a toujours demandé une trêve, n’a cette fois pas insisté sur le sujet.

Le retour des enfants enlevés et des prisonniers de guerre

Le retour des enfants ukrainiens et la libération des prisonniers de guerre et des civils détenus par la Russie ont également été évoqués, écrit aussi Volodymyr Zelensky sur X après la réunion au sommet à la Maison Blanche lundi.

Une ambiance diplomatique plus constructive

Pour faire oublier la rencontre catastrophique de février dans le bureau ovale avec les reproches d’ingratitude du vice-président américain JD Vance, le président Zelensky n’a pas ménagé les efforts.

Pas moins de six « Thank you » à l’adresse de Donald Trump dans les premières minutes de la rencontre, « Les meilleurs entretiens » jusqu’ici avec Donald Trump, un costume noir sobre sans cravate mais habillé pour répondre aux remarques sur son accoutrement militaire de la précédente rencontre, une petite missive signée de son épouse Olena Zelenska pour la First Lady américaine Melania Trump… Une vraie offensive de charme.

Les Européens n’ont pas été en reste, avec des compliments en cascade, signés Giorgia Meloni (« Quelque chose a changé » grâce à Donald Trump), Mark Rutte, rompu à l’exercice de la flatterie (« Je tiens vraiment à vous remercier pour votre leadership ») …

Mais ceci ne change rien à la réalité sur le terrain. Sans cessez-le-feu, les bombes continuent à tuer.

Sur le terrain, la guerre continue

Les frappes russes ont encore fait des dizaines de morts encore ce lundi. Et cette nuit, selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a lancé 270 drones, cinq missiles balistiques Iskander et cinq missiles de croisière, précisant que la grande majorité d’entre eux ont été interceptés. Une attaque russe a privé de courant des centaines de foyers dans la région de Poltava.

Sur place, en Ukraine, la population est désillusionnée : personne ne fait confiance à Vladimir Poutine, personne ne se fait d’illusion sur l’issue de ces discussions.

Une réunion qui laisse sceptique

Un diplomate belge jette également un regard sceptique sur les échanges de ce lundi à Washington.

Raoul Delcorde, ambassadeur honoraire de Belgique et professeur en relations internationales à l’UCLouvain, met en garde au micro d’Anne-Sophie Bruyndonckx sur Matin Première : « Permettez-moi d’émettre quand même une petite note de prudence, voire de scepticisme. On reste dans une certaine forme de brouillard parce qu’au fond, ce que l’on dit, c’est que les chefs de gouvernement vont se rencontrer dans des formats divers. Le Russe, l’Ukrainien, l’Américain, puis une quadrilatérale et le train est en marche, comme si la rencontre entre les différents dirigeants pouvait en quelque sorte ramener la paix. C’est quand même un peu plus compliqué que ça dans la réalité, je crois. »

Raoul Delcorde rappelle aussi le précédent malheureux du mémorandum de Budapest : « En 1994, il y a eu un accord dont les Russes étaient co-garants. Un accord avec l’Ukraine qui prévoyait en gros que l’Ukraine cédait ses armes nucléaires, qui étaient en fait des armes russes. En échange de quoi, les co-garants respectaient la souveraineté territoriale de ce pays. On voit ce qu’il en a été. Donc on veut éviter ce type de situation à nouveau. Si j’ai bien compris, on ne parle plus vraiment de lignes de cessez-le-feu maintenant. On parle de garantie de sécurité et les garanties seront elles-mêmes garanties par les États-Unis. C’est une construction un peu bizarre ».

Raoul Delcorde note que la rencontre en Alaska était une victoire pour Vladimir Poutine et que même s’il accepte de rencontrer Volodymyr Zelensky, rien ne garantit la fin de la guerre. Il ne croit pas non plus que l’Ukraine puisse consentir à des concessions territoriales propres à satisfaire la Russie. Enfin, il souligne tout le flou du mécanisme des garanties de sécurité à l’Ukraine et craint que la Russie ne les accepte jamais.

AFP

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