En matière de cacao durable, la traçabilité, la transparence et la gouvernance sont devenues des enjeux majeurs. Pour y répondre, la Côte d’Ivoire a adopté un mécanisme novateur porté par la société civile : l’Observation Indépendante (OI). Inscrite dans le Code forestier de 2019, cette démarche vise à renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles, notamment dans les secteurs forestiers et cacaoyer.

Pourquoi l’Observation Indépendante ?

L’Observation Indépendante est une activité non régalienne menée par des organisations de la société civile. Elle consiste à recueillir et partager des informations crédibles et vérifiables sur la gestion des ressources naturelles, en vue d’améliorer leur gouvernance. Prévue par l’article du Code forestier de 2019, l’OI se veut un outil citoyen d’alerte et de veille pour lutter contre les pratiques illégales, les fraudes et les abus.

« C’est à la faveur du nouveau Code forestier que la société civile s’est battue pour faire reconnaître ce mécanisme. Et depuis, il s’impose comme un levier essentiel pour une gestion plus responsable », Anderson Diedri  membre de l’ONG Initiatives pour le Développement communautaire et la Conservation de la Forêt (IDEF).

Un processus impulsé par l’accord APV-FLEGT

La mise en œuvre de l’OI en Côte d’Ivoire s’inscrit dans le cadre des négociations entre le pays et l’Union Européenne autour de l’Accord de Partenariat Volontaire pour l’Application des Règlements Forestiers, la Gouvernance et les Échanges Commerciaux (APV-FLEGT), initié en 2013. Ce partenariat vise à améliorer la légalité du commerce du bois, mais il a également servi de tremplin à l’OI.

Grâce à l’appui de l’Union Européenne, plusieurs projets ont vu le jour dès 2014, permettant à la société civile de mener des missions de terrain et de documenter les irrégularités dans l’exploitation forestière. Les résultats ont démontré l’utilité de ce mécanisme pour faire progresser la transparence.

Extension de l’OI au secteur du cacao

En 2020, IDEF décide d’étendre l’OI au secteur du cacao, secteur clé de l’économie ivoirienne, mais confronté à de nombreux défis : déforestation, opacité dans la traçabilité, cacao issu de zones protégées…

Les premières enquêtes menées par IDEF ont permis de documenter des situations préoccupantes, comme la production de cacao dans le parc national du Mont Péko ou l’importation frauduleuse de cacao produit au Liberia. Ces observations ont mis en lumière des défaillances dans les chaînes d’approvisionnement, parfois méconnues des acteurs industriels eux-mêmes.

Un impact sur la gouvernance et la qualité du cacao

L’une des avancées majeures reste la mise en place, au sein du ministère des Eaux et Forêts, d’un comité d’analyse des rapports issus de l’observation indépendante. Ce dispositif témoigne de l’engagement de l’État ivoirien à intégrer les recommandations de la société civile dans la prise de décision.

Pour les entreprises et les groupes chocolatiers, les rapports d’OI constituent une source d’information précieuse pour identifier les risques et améliorer leurs pratiques. Ils participent également à l’atteinte des exigences de la norme ARS 1000, qui encadre le cacao durable sur les plans économique, social et environnemental.

Vers un cacao plus responsable

À terme, l’Observation Indépendante entend continuer à jouer son rôle d’aiguillon pour faire du cacao ivoirien un produit véritablement durable, traçable et conforme aux standards internationaux. Pour IDEF, il ne fait aucun doute que cet outil est aujourd’hui indispensable à la construction d’une filière plus éthique, plus équitable et respectueuse des ressources naturelles.

FK

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